Claire – Haut-Rhin

Témoignages

Je ne me suis jamais intéressée à la sexualité. Mais, étant en couple hétéromantique et étant très curieuse, je m’y suis essayé, essayé et réessayé. Et plus j’essayais, plus je me rendais compte que je n’aimais pas ça.Pour mieux comprendre, j’appréciais à peu près autant les actes sexuels qu’une partie de tennis, et pourtant je déteste le tennis depuis mes 8 ans. (Et pour tous les mauvais esprits : oui, merci, j’avais bien des orgasmes, mais ça ne m’empêchait pas de ne pas aimer les actes sexuels.) J’ai cherché ce qui n’allait pas chez moi, mais je n’ai rien trouvé. Je suis allée consulter toute une série de médecins et de thérapeutes, mais aucun n’a pu m’aider et leur rencontre a été plus ou moins violente.

Pendant ce temps, étant en couple, je ressentais une forte pression de la société à pratiquer des actes sexuels : en ville, par la présence des pubs sexistes ; en rural, par la présence des blagues sexistes et sexuelles. Je me souviens d’un jour où, arrivant avec mon copain à un anniversaire de son cousin, l’un des amis dudit cousin me sort : « Dis-donc, ton copain est beaucoup moins souriant quand il est avec toi, tu sais il y a plein de champs à côté pour arranger ça ». À ce moment-là, je me forçais à pratiquer une certaine sexualité par « devoir conjugal », tout en culpabilisant de ne pas  réussir à cacher à mon copain que quelque chose n’allait pas. Ce n’est que quelques années plus tard, en poursuivant mes recherches sur internet que j’ai découvert le mot « asexualité ». Je n’aime ni les cases, ni les étiquettes, mais cette étiquette-là m’a permis de comprendre que ce qui m’arrivait n’était ni une maladie, ni un traumatisme, mais une orientation sexuelle. Elle m’a permis, d’une part de beaucoup déculpabiliser, d’autre part d’accepter que je n’avais pas toujours besoin de me forcer puisque j’avais le « droit » de ne pas avoir envie de faire l’amour ou d’avoir des rapports sexuels. J’ai beaucoup souffert de ne pas connaitre l’existence de l’asexualité. Alors aujourd’hui j’essaie d’en parler autour de moi, surtout en soirée, pour faire connaitre aux gens l’existence de cette orientation sexuelle. Ce n’est pas toujours facile. Même si les gens n’osent pas le dire, on sent bien qu’ils sont souvent dubitatifs, qu’ils pensent que je n’ai juste pas rencontré le « bon ». Certains vont jusqu’à nier frontalement l’existence de l’asexualité et dans ces cas-là j’ai l’impression que c’est mon existence et mon identité que l’on nie. Aujourd’hui, je vais mieux, je continue à découvrir mon corpus, ma sexualité ou mon absence de sexualité, mais j’ai trouvé les mots pour y penser et en parler.

Si j’avais une proposition à faire : en parler aux médecins, sexologues et thérapeutes qui continuent à parler de « problèmes » et à chercher à « soigner ». Il est nécessaire que les informations soient plus accessibles.

Mon objet : Le drapeau asexuel

juillet 2020

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