Le statut des agricultrices

Comprendre- Femmes en rural

Elles représentent près d’un tiers des chef·fes d’exploitation et des coexploitant·es. Mais les obstacles sont encore nombreux pour les femmes dans le monde agricole. Il y a un an, la délégation des droits des femmes du Sénat a produit quarante recommandations visant à plus d’égalité. En attendant que certaines d’entre elles soient effectives, Causette est allée à la rencontre d’agricultrices pour comprendre leurs difficultés.

Le chemin parcouru a été long pour obtenir des droits. Le monde agricole, où les fermes se transmettent traditionnellement de père en fils, suit la lente transformation de la société vers plus d’égalité. Elles sont, en 2016, 30 % à diriger ou codiriger une
exploitation agricole, contre 8 % en 1970″
1.

Pourtant, les agricultrices doivent encore affronter de nombreux stéréotypes sexistes et ont plus de difficultés à s’installer, alors que le métier est déjà fragilisé par des crises à répétition. C’est le constat que dresse un rapport de la délégation aux droits
des femmes du Sénat remis l’année dernière.
« Les agricultrices sont les héritières d’une longue invisibilité, souligne Annick Billon, sénatrice centriste et corapporteuse. Elles ont longtemps été considérées comme sans profession. »

Quarante recommandations ont été élaborées pour améliorer leurs conditions de travail. Les plus urgentes concernent la consolidation de leur statut : en France, entre cinq et six mille femmes resteraient sans statut et donc sans protection sociale »2. Quant au statut de conjoint collaborateur, il n’offre pas de protection complète. Autre problème, la revalorisation de leur retraite (les hommes touchent en moyenne 860 euros par mois, contre 480 euros pour les femmes »3) et l’amélioration des services de
remplacement en cas de congés maternité et paternité. Par ailleurs, une mission  parlementaire est en cours pour budgétiser un congé maternité unique, aux contours encore flous, et qui alignerait le congé des indépendantes sur celui des salariées.

Ce rapport a suscité de fortes attentes, mais seules certaines recommandations ont été reprises par Stéphane Travert, ministre de l’Agriculture. Il propose d’inscrire la question des agricultrices dans la réforme des retraites, de limiter à cinq ans
le statut de conjoint collaborateur, ou de modifier les critères d’aides à l’installation des femmes, point envisagé après 2020. Dans une feuille de route sociale, présentée le 8 mars, il promet des
« engagements au fur et à mesure ». Autant dire qu’on n’est
pas vraiment sorti·es de l’auberge…

Sources : 1. Ministère de l’Agriculture. 2. MSA et FNSEA. 3. Ministère des Solidarités
et de la Santé.

(La suite dans l’article)

Fichiers

octobre 2019

Poster un Commentaire

avatar