Léa – Deux-Sèvres

Témoignages

Armée de romans, aidée du fonds « éducation sexuelle » de la médiathèque de ma ville et d’internet, la découverte de la sexualité a été pour moi sereine et enthousiasmante. J’ai eu par ailleurs la chance d’avoir des parents qui m’ont toujours répétés, à mes frères et sœurs et à moi, que l’on était libre d’aimer qui l’on voulait, quel que soit son sexe (ils ne disaient pas « quel que soit son genre », ça ne faisait pas encore partie de leurs réalités). J’imagine que ce climat a joué dans l’absence de questions que je me suis posée concernant mon orientation sexuelle. Quand ma première relation amoureuse s’est nouée avec une jeune femme, je ne me suis pas sentie différente ou hors-norme. Je crois que c’est une chance.

Au collège et au lycée, j’ai eu trois fois accès aux séances d’éducation à la vie affective et sexuelle avec de bons intervenants (ça compte!). Je serais sans doute plus critique si je devais revivre ces séances aujourd’hui, mais malgré quelques manques, elles étaient bonnes dans l’ensemble. Pour ma part, j’avais déjà rangé la sexualité du côté des jeux et du plaisir. En revanche, je sentais la différence de mon vécu d’avec celui d’autres jeunes, et cela m’a marquée. Je me souviens très bien comment une collégienne de mon niveau – on devait être en 5°– avait eu le malheur de raconter à sa meilleure amie son expérience réjouissante de la masturbation (d’ailleurs pas évoquée, je crois, dans les fameuses séances « vie affective et sexuelle »). Le récit avait circulé partout dans le collège au point que, même en étant celle qui ne connaît jamais les ragots, j’avais fini par l’apprendre par une copine qui avait pris un air dégoûté. C’était le souci, c’était mal vu – quand dans le même temps, les garçons commençaient à parler librement de leur masturbation. Par ailleurs, les filles étaient très dures envers les « chaudasses » et les « salopes », entendez les filles qui avaient une relation amoureuse avec un garçon, puis rapidement avec un autre, etc. Il suffisait que la fréquence dépasse un peu la norme attendue et respectable. C’est cela que je retiens de l’ambiance autour de la sexualité.

Mon rêve : Que les pressions sur les filles et jeunes filles à une sexualité encadrée, normée cessent. J’ai envie que la bienveillance et le respect dans les rapports affectifs et sexuels soient devenus une évidence, et que soit aussi évidente la possibilité d’expérimenter à son gré dans ces rapports.

Mon objet : Le roman Parle tout bas si c’est d’amour, de l’auteure jeunesse Marie-Aude Murail, découvert vers mes 13 ans. Rare roman à mettre en mot la naissance d’une histoire amoureuse et la première relation sexuelle avec autant de bienveillance et de douceur, comme devrait l’être toute ouverture à la sexualité et à la vie affective.

juillet 2020

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